Tomber malade quand on est salarié soulève toujours la même angoisse : combien vais-je perdre à la fin du mois ? La plupart des articles répondent « 50 % puis 90 % » et s'arrêtent là. C'est trompeur : ces pourcentages s'appliquent à des bases différentes, sur des périodes qui ne se recouvrent pas, et une part du salaire n'est couverte par absolument personne. Voici le calcul complet, avec un cas chiffré du premier au dernier jour.
1. Ce que vous perdez vraiment : le cas de Nadia
Nadia est assistante commerciale, elle gagne 2 400 € brut par mois et compte 3 ans d'ancienneté. Son médecin lui prescrit un arrêt de 15 jours. Voici ce qu'elle touche réellement, jour après jour.
Le détail du calcul
Son salaire journalier de base est la moyenne de ses 3 derniers salaires bruts divisée par 91,25 : (2 400 × 3) ÷ 91,25 = 78,90 €. L'indemnité journalière vaut 50 % de ce montant, soit 39,45 € brut par jour. En parallèle, son salaire journalier « normal » est de 2 400 ÷ 30 = 80 €.
- Jours 1 à 3 : carence de la Sécurité sociale, et le maintien employeur n'a pas encore démarré → 0 €. Perte sèche de 240 €.
- Jours 4 à 7 : les IJSS tombent, mais seules → 4 × 39,45 = 157,80 €. Perte de 162,20 €.
- Jours 8 à 15 : le maintien légal s'ajoute et porte le total à 90 % du brut → 8 × 72 = 576 €, dont 315,60 € d'IJSS et 260,40 € de complément employeur. Perte de 64 €.
Total perçu : 733,80 € brut au lieu de 1 200 €. La perte est de 466,20 €, et près de la moitié provient des trois seuls jours de carence. C'est le vrai enjeu d'un arrêt court : un arrêt de 3 jours n'est indemnisé par personne.
2. Le double délai de carence, ce que personne n'explique
Le mot « carence » recouvre en réalité deux délais différents qui se superposent, et c'est là que naît la confusion.
- La carence Sécurité sociale : 3 jours. Aucune IJSS n'est versée avant le 4e jour d'arrêt.
- La carence employeur : 7 jours. L'obligation légale de maintien ne démarre qu'au 8e jour d'absence (sauf accident du travail ou maladie professionnelle, où elle s'applique dès le 1er jour).
Bonne nouvelle en cas d'affection de longue durée (ALD) : le délai de carence ne s'applique qu'une seule fois, pour le premier arrêt lié à cette affection. Les arrêts suivants sont indemnisés dès le premier jour. Même règle en cas de reprise d'un arrêt pour la même cause dans les 48 heures.
3. Les IJSS : calcul, plafond et le piège du mot « brut »
L'indemnité journalière vaut 50 % du salaire journalier de base, lui-même égal à la moyenne des 3 derniers salaires bruts divisée par 91,25 (le nombre moyen de jours dans un trimestre). Si vous êtes payé au mois, ce calcul revient grosso modo à 50 % de votre brut mensuel ÷ 30.
Ce salaire de référence est plafonné à 1,4 fois le SMIC depuis avril 2025 — un plafond abaissé (il était à 1,8 SMIC auparavant), ce qui pénalise les salaires intermédiaires. Concrètement, l'IJSS maximale s'établit autour de 41,47 € brut par jour. Au-delà d'environ 2 520 € brut mensuel, votre indemnité n'augmente donc plus.
| Élément | Règle 2026 |
|---|---|
| Taux de l'IJSS | 50 % du salaire journalier de base |
| Salaire journalier de base | (3 derniers bruts) ÷ 91,25 |
| Plafond du salaire de référence | 1,4 × SMIC (depuis avril 2025) |
| IJSS maximale brute (indicatif) | ≈ 41,47 € / jour |
| IJSS maximale nette de CSG-CRDS | ≈ 38,69 € / jour |
| Délai de carence Sécurité sociale | 3 jours |
| Durée maximale d'indemnisation | 360 jours sur 3 ans (3 ans si ALD) |
4. Le maintien de salaire : 90 % de quoi, exactement ?
La loi dite « de mensualisation » oblige l'employeur à compléter les IJSS si vous avez au moins 1 an d'ancienneté. Deux précisions font toute la différence, et sont presque toujours passées sous silence :
- Les 90 % portent sur la rémunération brute que vous auriez perçue en travaillant, pas sur votre net.
- Les IJSS s'imputent sur ces 90 %. L'employeur ne verse que la différence. Dans l'exemple de Nadia, sur 72 € dus par jour, la Sécurité sociale en couvre 39,45 et l'employeur seulement 32,55.
La durée du maintien dépend de votre ancienneté, et se découpe en deux périodes de même longueur : la première à 90 %, la seconde aux deux tiers.
| Ancienneté | À 90 % du brut | Puis à 66,66 % |
|---|---|---|
| 1 à 5 ans | 30 jours | 30 jours |
| 6 à 10 ans | 40 jours | 40 jours |
| 11 à 15 ans | 50 jours | 50 jours |
| 16 à 20 ans | 60 jours | 60 jours |
| 21 à 25 ans | 70 jours | 70 jours |
| 26 à 30 ans | 80 jours | 80 jours |
| 31 ans et plus | 90 jours | 90 jours |
5. Vous accumulez des congés payés pendant votre arrêt
C'est le changement le plus important de ces dernières années, et il reste largement ignoré. Jusqu'en 2024, un arrêt pour maladie ordinaire ne générait aucun droit à congés payés. La loi du 22 avril 2024, qui met le droit français en conformité avec le droit européen, a renversé cette règle.
| Origine de l'arrêt | Acquisition | Plafond annuel |
|---|---|---|
| Maladie non professionnelle | 2 jours ouvrables / mois | 24 jours ouvrables |
| Accident du travail, maladie professionnelle | 2,5 jours ouvrables / mois | 30 jours ouvrables, sans limite de durée d'arrêt |
Ces congés bénéficient d'un délai de report de 15 mois. Point crucial : ce délai ne commence à courir qu'à partir du moment où votre employeur vous a informé par écrit, dans le mois suivant votre reprise, du nombre de jours acquis et de leur date limite d'utilisation. Tant qu'il ne l'a pas fait, vos jours ne peuvent pas être perdus.
6. La subrogation : qui vous verse l'argent ?
Quand l'employeur maintient le salaire, il pratique le plus souvent la subrogation : il vous verse l'intégralité du salaire maintenu à la date habituelle de paie, puis encaisse les IJSS à votre place. Vous ne voyez alors qu'un seul virement, celui de votre entreprise.
Sans subrogation, vous percevez les IJSS de la CPAM d'un côté et le complément employeur de l'autre, avec un décalage de trésorerie qui peut atteindre plusieurs semaines : la CPAM verse tous les 14 jours, et seulement une fois le dossier complet. Si votre employeur ne subroge pas, créez votre compte ameli et activez le virement dès le premier jour d'arrêt.
7. Fiscalité : ce que vous devrez déclarer
Les indemnités journalières de maladie ordinaire sont imposables et soumises au prélèvement à la source. La CPAM les transmet directement au fisc : elles sont donc pré-remplies sur votre déclaration, mêlées à vos salaires.
1AJ Traitements et salaires — vos IJSS de maladie ordinaire y sont pré-remplies avec le reste de vos revenus. Vérifiez le total contre votre attestation de paiement ameli.
Exonérations à connaître : les IJSS versées au titre d'une affection de longue durée (ALD) sont totalement exonérées d'impôt. Celles versées pour un accident du travail ou une maladie professionnelle ne sont imposables qu'à 50 % de leur montant. Si le montant pré-rempli ne tient pas compte de ces règles, corrigez-le et conservez vos justificatifs.
Un arrêt long a par ailleurs un effet mécanique sur votre taux de prélèvement à la source : vos revenus baissent alors que le taux appliqué reste calculé sur l'année précédente. Vous pouvez demander une modulation à la baisse sur impots.gouv.fr, rubrique « Gérer mon prélèvement à la source ». Voir notre article sur l'optimisation du prélèvement à la source.
8. Au-delà de 90 jours : la prévoyance prend le relais
Quand le maintien légal s'épuise, un troisième étage entre en jeu : le contrat de prévoyance de l'entreprise. Obligatoire pour les cadres (au titre de l'ancienne convention de 1947, reprise par l'ANI de 2017), il est très fréquent pour les non-cadres. Il complète généralement les IJSS pour atteindre 70 à 80 % du salaire brut, parfois jusqu'à 3 ans.
Ce contrat comporte presque toujours une franchise de 90 jours continus : c'est pourquoi un arrêt long doit être déclaré à l'organisme de prévoyance par vos soins, l'employeur ne le fait pas systématiquement. Réclamez la notice d'information du contrat au service RH dès que l'arrêt dépasse deux mois : des milliers de salariés perdent chaque année des indemnités simplement faute d'avoir déposé le dossier.
9. Les 6 erreurs qui coûtent le plus cher
- Transmettre l'arrêt après 48 heures. Volets 1 et 2 à la CPAM, volet 3 à l'employeur (ou télétransmission par le médecin). Le premier retard donne lieu à un avertissement ; un second retard dans les 24 mois entraîne une réduction de 50 % des indemnités sur la période concernée.
- Croire que « 90 % » veut dire 90 % du net. C'est 90 % du brut, IJSS comprises. L'écart entre les deux lectures dépasse 20 % du montant attendu.
- Oublier la CSG-CRDS sur les IJSS. 6,7 % de prélèvements sur des indemnités toujours annoncées en brut.
- Ne pas ouvrir sa convention collective. C'est l'action qui rapporte le plus par minute passée : un maintien à 100 % dès le premier jour existe dans de nombreuses branches.
- Sortir en dehors des heures autorisées. Si les sorties sont autorisées, vous devez être présent à votre domicile de 9 h à 11 h et de 14 h à 16 h, sauf soins ou examens. Quitter son département exige l'accord préalable de la CPAM. Un contrôle négatif suspend le versement.
- Ne pas réclamer les congés payés acquis pendant l'arrêt. Depuis avril 2024, ils sont dus — et beaucoup de logiciels de paie n'ont toujours pas été mis à jour.
Calculez votre salaire net habituel
Pour chiffrer votre perte pendant un arrêt, partez de votre net mensuel exact et appliquez-lui les taux de couverture ci-dessus.
Ouvrir le simulateur brut → net →Questions fréquentes
Combien de jours de carence y a-t-il en arrêt maladie ?
Il y a deux carences distinctes. La Sécurité sociale ne verse rien pendant les 3 premiers jours d'arrêt : les indemnités journalières commencent au 4e jour. L'employeur, lui, n'est tenu de compléter qu'à partir du 8e jour au titre du maintien légal. Les jours 1 à 3 ne sont donc couverts par personne, et les jours 4 à 7 le sont uniquement par les IJSS, soit environ 50 % du salaire. De nombreuses conventions collectives suppriment tout ou partie de ces carences.
L'employeur est-il obligé de compléter les indemnités journalières ?
Oui, si vous avez au moins 1 an d'ancienneté dans l'entreprise. Le maintien légal correspond à 90 % de la rémunération brute pendant une première période, puis aux deux tiers (66,66 %) pendant une seconde période de même durée. Ces durées vont de 30 à 90 jours selon l'ancienneté. Attention : les IJSS versées par la Sécurité sociale sont déduites de ce montant, l'employeur ne verse que le complément.
Les indemnités journalières maladie sont-elles imposables ?
Oui pour une maladie ordinaire : les IJSS sont imposables, soumises au prélèvement à la source et pré-remplies en case 1AJ de votre déclaration. Les IJSS versées au titre d'une affection de longue durée (ALD) sont totalement exonérées d'impôt. Les indemnités liées à un accident du travail ou une maladie professionnelle ne sont imposables qu'à hauteur de 50 % de leur montant.
Acquiert-on des congés payés pendant un arrêt maladie ?
Oui, depuis la loi du 22 avril 2024. Un arrêt pour maladie non professionnelle génère 2 jours ouvrables de congés payés par mois d'absence, dans la limite de 24 jours ouvrables par an. Un arrêt d'origine professionnelle (accident du travail ou maladie professionnelle) génère 2,5 jours ouvrables par mois, soit 30 jours par an, sans limite de durée. Ces congés peuvent être reportés pendant 15 mois.
Que se passe-t-il si j'envoie mon arrêt de travail en retard ?
Vous disposez de 48 heures pour transmettre votre arrêt à la CPAM et à votre employeur. Au-delà, la caisse vous adresse un avertissement. En cas de nouveau retard dans les 24 mois qui suivent, vos indemnités journalières peuvent être réduites de 50 % pour la période comprise entre la date de prescription et la date d'envoi effectif.
Peut-on être licencié pendant un arrêt maladie ?
Un licenciement motivé par l'état de santé est discriminatoire et donc nul. En revanche, l'employeur peut rompre le contrat pour un motif étranger à la maladie : faute grave, motif économique, ou perturbation objective du fonctionnement de l'entreprise rendant nécessaire un remplacement définitif. En cas d'arrêt consécutif à un accident du travail, la protection est plus forte encore : le licenciement n'est possible que pour faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat. Si une rupture intervient malgré tout, notre article sur le calcul de l'indemnité de licenciement détaille vos droits.
Voir aussi : Décoder sa fiche de paie • Les congés payés • Le solde de tout compte • Tous les articles