← Tous les articles

Indemnité de licenciement :
calcul légal et fiscalité

Mis à jour le 27/07/2026 • 9 min de lecture

En cas de licenciement, le salarié a droit à une indemnité légale de licenciement dès lors qu'il remplit une condition d'ancienneté. Son calcul suit une formule précise, sa fiscalité est très avantageuse, et elle peut être doublée dans un cas que beaucoup de salariés ignorent. Voici comment estimer votre indemnité, les deux calculs à faire systématiquement, et l'effet méconnu du « supra-légal » sur vos droits au chômage.

1. Qui a droit à l'indemnité de licenciement ?

Tout salarié en CDI licencié (sauf pour faute grave ou lourde) a droit à l'indemnité légale, à condition de justifier d'au moins 8 mois d'ancienneté ininterrompue chez le même employeur. L'indemnité est due quel que soit le motif : économique, personnel, inaptitude, insuffisance professionnelle…

💡 Le détail qui change tout : la date de fin d'ancienneté. Votre ancienneté ne s'arrête pas à la lettre de licenciement, mais à la date de fin du préavis — même si votre employeur vous dispense de l'effectuer. Un préavis de 2 mois peut donc vous faire franchir une année pleine et augmenter votre indemnité. Vérifiez toujours ce point avant d'accepter le décompte de l'employeur.

Autre subtilité utile : les arrêts pour accident du travail ou maladie professionnelle comptent intégralement dans l'ancienneté, alors que les arrêts pour maladie ordinaire de longue durée peuvent, eux, en être exclus selon la convention collective.

⚠️ Faute grave ou lourde : dans ces deux cas, l'indemnité légale de licenciement n'est pas due, ni le préavis. En revanche, l'indemnité compensatrice de congés payés reste toujours versée, y compris en cas de faute lourde.

2. La formule de calcul légale

L'indemnité légale dépend de deux paramètres seulement : l'ancienneté et le salaire de référence.

• 1/4 de mois de salaire par année, pour les 10 premières années
• 1/3 de mois de salaire par année, uniquement pour les années au-delà de 10

L'erreur classique consiste à appliquer 1/3 à toute l'ancienneté dès qu'on dépasse 10 ans. Ce n'est pas le cas : les 10 premières années restent à 1/4, et seul le surplus bénéficie du taux majoré. Le graphique ci-dessous montre cette rupture de pente, pour un salaire de référence de 2 400 € brut.

Montant de l'indemnité légale de licenciement selon l'ancienneté Pour un salaire de référence de 2 400 € brut : 600 € à 1 an, 3 000 € à 5 ans, 6 000 € à 10 ans, 10 000 € à 15 ans, 14 000 € à 20 ans et 18 000 € à 25 ans d'ancienneté. plafond 1/4 : 6 000 € 600 € 3 000 € 6 000 € 10 000 € 14 000 € 18 000 € 1 an 5 ans 10 ans 15 ans 20 ans 25 ans Tranche à 1/4 de mois Tranche à 1/3 de mois
Indemnité légale pour un salaire de référence de 2 400 € brut. La part bleue reste plafonnée à 6 000 € : au-delà de 10 ans, seule la part foncée continue de croître, mais plus vite.

Les années incomplètes sont prises en compte au prorata, mois par mois. Avec 12 ans et 7 mois d'ancienneté, on compte bien les 7 mois supplémentaires — un employeur qui arrondit à l'année inférieure vous fait perdre de l'argent. Enfin, si votre convention collective prévoit une indemnité plus favorable, c'est elle qui s'applique : la comparaison se fait globalement, sur le montant final, et non clause par clause.

3. Le salaire de référence : faites toujours les deux calculs

C'est l'étape où se joue l'essentiel du montant, et celle que les salariés vérifient le moins. Le salaire de référence est le plus favorable entre :

Entrent dans la base : le salaire de base, les primes, le 13e mois, les commissions, les heures supplémentaires et les avantages en nature. En sont exclus : les remboursements de frais professionnels, l'intéressement, la participation et l'indemnité compensatrice de congés payés.

💡 Cas concret — Sophie, commerciale, 6 ans d'ancienneté
Fixe de 2 200 € brut, plus des commissions variables. Ses 12 derniers mois donnent une moyenne de 2 750 €. Mais son dernier trimestre a été excellent : 3 100 € en moyenne sur les 3 derniers mois.

→ Calcul sur 12 mois : 2 750 × 1/4 × 6 = 4 125 €
→ Calcul sur 3 mois : 3 100 × 1/4 × 6 = 4 650 €

Sophie retient la seconde formule et gagne 525 € de plus. Son employeur avait appliqué la moyenne sur 12 mois par défaut.

Deux précautions supplémentaires, souvent décisives :

4. Cas concret complet : Karim, 12 ans d'ancienneté

Karim, technicien de maintenance, est licencié pour motif personnel. Salaire de référence retenu : 2 400 € brut, ancienneté 12 ans (préavis inclus).

Tranche d'anciennetéCalculMontant
10 premières années2 400 × 1/4 × 106 000 €
2 années suivantes2 400 × 1/3 × 21 600 €
Indemnité légale totale7 600 €

Cette somme est versée avec le solde de tout compte, en plus de l'indemnité compensatrice de congés payés et, le cas échéant, de l'indemnité compensatrice de préavis.

5. Le cas où l'indemnité est doublée

C'est la disposition la plus méconnue de tout le dispositif. Lorsque le licenciement fait suite à une inaptitude d'origine professionnelle — c'est-à-dire consécutive à un accident du travail ou à une maladie professionnelle — l'article L.1226-14 du Code du travail prévoit une indemnité spéciale égale au double de l'indemnité légale.

✅ Karim, si son inaptitude était d'origine professionnelle : son indemnité passerait de 7 600 € à 15 200 €. Il percevrait en outre une indemnité compensatrice équivalente au préavis, alors même qu'il ne l'exécute pas.

Attention à la distinction : si l'inaptitude est d'origine non professionnelle (maladie ordinaire, accident de la vie privée), l'indemnité reste au montant normal. Le lien avec le travail doit avoir été reconnu par la CPAM. Signalons enfin qu'en cas de licenciement nul (discrimination, harcèlement, maternité, lanceur d'alerte), le salarié qui ne demande pas sa réintégration a droit à une indemnité minimale de 6 mois de salaire, en plus de son indemnité de licenciement.

6. Fiscalité : trois régimes différents à ne pas confondre

On lit souvent que « l'indemnité de licenciement est exonérée ». C'est vrai pour l'impôt, mais il existe en réalité trois plafonds distincts, et ils ne se déclenchent pas au même niveau.

PrélèvementLimite d'exonérationAu-delà
Impôt sur le revenuLe plus élevé entre : montant légal/conventionnel, 2× la rémunération annuelle brute N-1, ou 50 % de l'indemnité totale — plafonné à 6 PASS (282 600 €)Imposable
Cotisations sociales2 PASS (94 200 €)Cotisations normales
CSG / CRDSUniquement le montant légal ou conventionnel9,7 % sans abattement
⚠️ La conséquence pratique : toute somme négociée au-delà du minimum légal supporte la CSG/CRDS dès le premier euro, même si elle reste totalement exonérée d'impôt. Une indemnité supra-légale de 10 000 € ne rapporte donc que 9 030 € en poche. Pensez-y au moment de chiffrer votre demande.
✅ En pratique : pour la grande majorité des salariés, l'indemnité légale de licenciement est totalement exonérée d'impôt et de cotisations, car elle reste très loin de ces plafonds.

7. Le piège que personne ne calcule : le différé France Travail

Vous avez négocié 10 000 € de plus que le minimum légal ? Excellente nouvelle — mais France Travail va en tenir compte. Toute somme versée au-delà du montant légal ou conventionnel déclenche un différé spécifique d'indemnisation qui retarde le premier versement de votre ARE.

Différé spécifique = indemnité supra-légale ÷ 111,8
Plafond : 150 jours calendaires (75 jours en licenciement économique)
⚠️ Chiffre à jour : ce diviseur a changé au 1er janvier 2026. De nombreux sites publient encore l'ancienne valeur de 94,4, ce qui surestime fortement le différé. La valeur applicable aujourd'hui est bien 111,8.

Ce différé s'ajoute à deux autres délais : le délai d'attente incompressible de 7 jours et le différé congés payés (plafonné à 30 jours). La carence totale peut donc atteindre 180 jours dans le cas général.

💡 Cas concret — Nadia négocie 10 000 € de supra-légal
Différé spécifique : 10 000 ÷ 111,8 = 89 jours, auxquels s'ajoutent 7 jours d'attente.

→ Elle encaisse 9 030 € net après CSG/CRDS.
→ Mais son ARE (45 €/jour dans son cas) démarre près de 3 mois plus tard, soit 4 005 € décalés.

L'opération reste gagnante, mais rapporte réellement ~5 000 € de trésorerie immédiate, pas 10 000 €.

Une nuance importante, souvent mal expliquée : ce différé ne réduit pas la durée totale de vos droits, il en décale le point de départ. Si vous restez au chômage jusqu'à épuisement, vous percevrez finalement la même somme. Le manque à gagner ne devient réel que si vous retrouvez un emploi avant d'avoir épuisé vos droits — ce qui reste le cas le plus fréquent. Vous pouvez estimer votre allocation et votre durée d'indemnisation avec notre simulateur ARE.

8. Licenciement ou rupture conventionnelle ?

L'indemnité de rupture conventionnelle ne peut pas être inférieure à l'indemnité légale de licenciement : la base de calcul est strictement identique. La différence se joue ailleurs.

CritèreLicenciementRupture conventionnelle
InitiativeEmployeurAccord commun
Indemnité minimaleIndemnité légaleIndemnité légale (au minimum)
Droit à l'AREOuiOui
PréavisExécuté ou indemniséAucun préavis
Négociation du montantLimitéePossible au-delà du minimum
Contestation possiblePrud'hommes (12 mois)Recours limité après homologation

Pour aller plus loin sur la seconde option, consultez notre guide rupture conventionnelle : calcul et négociation.

9. Ne pas confondre avec les dommages-intérêts prud'homaux

L'indemnité de licenciement est due même quand le licenciement est parfaitement justifié : elle répare la perte de l'emploi, pas une faute de l'employeur. Si vous contestez le motif et que le conseil de prud'hommes vous donne raison, vous obtenez en plus des dommages-intérêts, encadrés par le barème de l'article L.1235-3 (dit « barème Macron ») :

AnciennetéIndemnité minimaleIndemnité maximale
1 an1 mois de salaire2 mois
5 ans3 mois6 mois
10 ans3 mois10 mois
20 ans3 mois15,5 mois
30 ans et plus3 mois20 mois

Ce barème ne s'applique pas en cas de licenciement nul (discrimination, harcèlement…), où le plancher de 6 mois s'impose sans plafond. Le délai pour saisir les prud'hommes est de 12 mois à compter de la notification.

10. Les 6 erreurs les plus fréquentes

  1. Arrêter l'ancienneté à la lettre de licenciement. Elle court jusqu'au terme du préavis, même non exécuté. C'est l'erreur la plus courante, et parfois la plus coûteuse.
  2. Ne faire qu'un seul calcul du salaire de référence. Les deux formules (12 mois et 3 mois) doivent être comparées ; l'écart dépasse souvent 500 €.
  3. Appliquer 1/3 à toute l'ancienneté dès qu'on dépasse 10 ans. Les 10 premières années restent à 1/4.
  4. Ignorer le doublement en cas d'inaptitude professionnelle. Vérifiez systématiquement si votre inaptitude a été reconnue comme liée au travail par la CPAM.
  5. Oublier les mois entamés. 12 ans et 7 mois ne s'arrondissent pas à 12 ans : le prorata mensuel est un droit.
  6. Négocier un supra-légal sans calculer le différé ARE ni la CSG/CRDS. La somme brute annoncée n'est jamais la somme réellement disponible.

Questions fréquentes

L'indemnité de licenciement est-elle imposable ?

Pour la très grande majorité des salariés, non. L'indemnité légale ou conventionnelle est exonérée d'impôt sur le revenu en totalité. Si vous avez négocié une somme supérieure, l'exonération correspond au plus élevé de trois montants : l'indemnité légale ou conventionnelle, deux fois votre rémunération annuelle brute de l'année précédente, ou 50 % de l'indemnité totale — le tout plafonné à 6 PASS, soit 282 600 € en 2026.

Mon ancienneté s'arrête-t-elle à la lettre de licenciement ?

Non. L'ancienneté retenue s'apprécie à la date de fin du préavis, et non à la date de notification. C'est vrai même si l'employeur vous dispense de l'exécuter. Un préavis de deux mois peut donc vous faire franchir une année d'ancienneté supplémentaire et augmenter votre indemnité.

L'indemnité de licenciement est-elle doublée en cas d'inaptitude ?

Uniquement si l'inaptitude est d'origine professionnelle, c'est-à-dire consécutive à un accident du travail ou à une maladie professionnelle. L'article L.1226-14 prévoit alors une indemnité spéciale égale au double de l'indemnité légale. En cas d'inaptitude d'origine non professionnelle, l'indemnité reste au montant normal.

Négocier une indemnité supra-légale retarde-t-il mon chômage ?

Oui. La part versée au-delà du montant légal ou conventionnel déclenche un différé spécifique d'indemnisation. Depuis le 1er janvier 2026, il se calcule en divisant le montant supra-légal par 111,8, dans la limite de 150 jours calendaires (75 jours en licenciement économique). Ce différé retarde le versement de l'ARE mais ne réduit pas la durée totale de vos droits.

Quel salaire de référence retenir pour le calcul ?

Le plus favorable entre la moyenne de vos 12 derniers mois de salaire brut et la moyenne de vos 3 derniers mois. Dans la formule sur 3 mois, les primes annuelles ou exceptionnelles ne comptent qu'au prorata (3/12 de leur montant). Faites systématiquement les deux calculs.

Peut-on cumuler indemnité de licenciement et dommages-intérêts prud'homaux ?

Oui, ce sont deux sommes de nature différente. L'indemnité de licenciement répare la perte de l'emploi et reste due même quand le licenciement est justifié. Les dommages-intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse sanctionnent l'employeur et sont fixés par le juge selon le barème L.1235-3. Ils s'ajoutent donc à l'indemnité légale.


Estimez votre indemnité en 1 minute

Notre simulateur applique la formule légale (1/4 et 1/3 de mois) à partir de votre ancienneté et de votre salaire de référence.

Ouvrir le simulateur d'indemnité →

Voir aussi : Rupture conventionnelle : calcul et négociationCalcul de l'ARE (chômage)Le solde de tout compteTous les articles