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Prime de précarité (CDD) :
qui y a droit, calcul et exceptions

Mis à jour le 27/07/2026 • 8 min de lecture

À la fin d'un CDD, le salarié perçoit en principe une indemnité de fin de contrat, communément appelée « prime de précarité ». Tout le monde connaît le taux de 10 %. Beaucoup moins connaissent l'effet de cascade qui porte le total réel à 21 % du brut, ni le fait qu'un refus de CDI peut désormais vous coûter vos allocations chômage. Voici le mode d'emploi complet.

1. À quoi sert la prime de précarité ?

Prévue par l'article L.1243-8 du Code du travail, elle compense la situation précaire du salarié en CDD, qui ne bénéficie pas de la stabilité d'un CDI. Elle est versée à la fin du contrat, en même temps que le solde de tout compte.

2. Le calcul : deux fois 10 %, pas une

La prime de précarité est égale à 10 % de la rémunération brute totale versée pendant toute la durée du contrat, renouvellements inclus. Jusqu'ici, rien de surprenant. Le point que presque personne n'explique est le suivant : l'indemnité compensatrice de congés payés se calcule ensuite sur le brut augmenté de la prime de précarité.

Effet de cascade entre la prime de précarité et l'indemnité de congés payés Pour un CDD de 6 mois à 1 900 € brut, soit 11 400 € de rémunération brute : la prime de précarité vaut 1 140 €. L'indemnité de congés payés se calcule sur 11 400 plus 1 140, soit 12 540 €, et vaut donc 1 254 €. Le total versé en fin de contrat atteint 2 394 €, soit 21 % du brut. Rémunération brute du CDD 6 mois x 1 900 € 11 400 € x 10 % Prime de précarité indemnité de fin de contrat 1 140 € Base des congés payés : 11 400 + 1 140 = 12 540 € x 10 % Indemnité de congés payés et non 1 140 € : +114 € 1 254 € Total versé en fin de contrat soit 21 % de la rémunération brute 2 394 €
Un CDD bien soldé comporte deux indemnités de 10 % distinctes, la seconde étant calculée sur une base incluant la première.
✅ À retenir : une fin de CDD correctement calculée rapporte environ 21 % de la rémunération brute, et non 20 %. Si votre indemnité de congés payés est strictement égale à votre prime de précarité, c'est le signe que l'employeur a oublié la cascade.

3. Ce qui entre — et n'entre pas — dans l'assiette

ÉlémentCompte dans les 10 % ?
Salaire de baseOui
Heures supplémentaires et majorationsOui
Primes (13e mois, ancienneté, objectifs)Oui
Avantages en natureOui
Indemnité compensatrice de congés payésNon
Remboursements de frais professionnelsNon
Participation et intéressementNon

Un accord de branche étendu ou un accord d'entreprise peut abaisser le taux à 6 %, mais uniquement en échange de contreparties réelles : accès privilégié à la formation professionnelle, bilan de compétences, validation des acquis. Sans ces contreparties effectivement mises en œuvre, le taux réduit est contestable et vous pouvez réclamer le complément.

4. Les cas où la prime n'est pas due

SituationPrime due ?
CDD de remplacement d'un salarié absentOui
Accroissement temporaire d'activitéOui
Le CDD se poursuit en CDINon
Refus d'un CDI sur le même poste ou un poste similaireNon
Rupture anticipée à l'initiative du salariéNon
Rupture pour faute grave ou force majeureNon
Contrat saisonnierNon (sauf convention plus favorable)
Contrat d'usage (secteurs listés)Non
Job d'été d'un jeune scolariséNon
Apprentissage, contrat de professionnalisationNon

Deux précisions utiles. La rupture anticipée d'un commun accord ne figure pas dans la liste légale des exclusions : la prime reste en principe due. Et si vous êtes en CDD saisonnier, vérifiez votre convention collective — plusieurs branches prévoient une indemnité malgré l'exclusion légale.

5. Le refus de CDI : le piège qui a changé de nature

Refuser un CDI à l'issue de son CDD a toujours fait perdre la prime de précarité. Depuis 2024, l'enjeu est bien plus lourd : ce refus peut désormais vous priver de vos allocations chômage.

La proposition doit toutefois respecter des conditions strictes (article L.1243-11-1). Elle doit être notifiée par écrit avant le terme du CDD, porter sur le même emploi ou un emploi similaire, avec une rémunération au moins équivalente, une durée de travail équivalente, la même classification et sans changement du lieu de travail. Un délai de réflexion raisonnable doit vous être laissé.

⚠️ Deux refus en douze mois = perte de l'ARE. L'employeur doit signaler votre refus à France Travail. Au deuxième refus d'une proposition conforme sur une période de douze mois, vous pouvez être privé de vos allocations chômage. Le dispositif a été validé par le Conseil d'État.
💡 Votre marge de manœuvre. Si la proposition modifie un seul de ces paramètres — salaire inférieur, temps partiel au lieu d'un temps plein, changement de site, classification revue à la baisse — elle n'est pas conforme. Votre refus est alors sans conséquence : vous conservez la prime de précarité et vos droits à l'ARE. Exigez toujours la proposition par écrit et conservez-la : c'est votre preuve.

6. Cas concret : Léa, CDD de 8 mois

Léa a travaillé 8 mois en CDD d'accroissement d'activité à 2 100 € brut par mois, avec 400 € d'heures supplémentaires majorées sur la période. Son employeur ne lui propose pas de CDI.

ÉtapeCalculMontant
Rémunération brute totale(2 100 × 8) + 40017 200 €
Prime de précarité17 200 × 10 %1 720 €
Base des congés payés17 200 + 1 72018 920 €
Indemnité de congés payés18 920 × 10 %1 892 €
Total de fin de contrat3 612 €

Si l'employeur avait calculé les congés payés sur les seuls 17 200 €, Léa aurait perçu 1 720 € au lieu de 1 892 € : 172 € de moins. Ces deux sommes étant imposables, il est utile de vérifier leur effet sur votre taux de prélèvement avec notre simulateur de prime.

7. Si votre CDD est requalifié en CDI

Un CDD peut être requalifié en CDI par le conseil de prud'hommes dans plusieurs situations : absence de contrat écrit ou remise tardive (au-delà de 2 jours ouvrables), absence de motif précis, dépassement de la durée maximale, non-respect du délai de carence entre deux contrats, ou recours au CDD pour pourvoir un emploi lié à l'activité normale et permanente de l'entreprise.

La requalification donne droit à une indemnité de requalification d'au moins un mois de salaire (article L.1245-2). Point important : la prime de précarité déjà versée vous reste acquise et ne se déduit pas de cette indemnité. S'y ajoutent les conséquences de la rupture, requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse — soit potentiellement une indemnité de licenciement et des dommages et intérêts.

Le délai de carence, souvent méconnu, correspond au tiers de la durée du contrat précédent si celui-ci a duré 14 jours ou plus, et à la moitié s'il a duré moins de 14 jours. Enchaîner deux CDD sur le même poste sans respecter ce délai est une cause classique de requalification.

8. Fiscalité : un complément de salaire ordinaire

Contrairement à l'indemnité de licenciement, la prime de précarité est imposable sur le revenu et soumise à l'ensemble des cotisations sociales, comme un salaire. Elle est intégrée à votre revenu imposable et figure dans le montant pré-rempli de votre déclaration, en case 1AJ.

💡 Après une fin de CDD, pensez à votre taux de prélèvement. Si vous enchaînez sur une période de chômage, vos revenus vont baisser alors que votre taux à la source reste calculé sur l'année précédente. Vous pouvez le faire réviser immédiatement : voir notre guide pour optimiser son prélèvement à la source.

9. Les 6 erreurs les plus fréquentes

  1. Ne pas vérifier l'effet de cascade. Si votre indemnité de congés payés est identique à votre prime de précarité, une ligne a été mal calculée.
  2. Oublier les renouvellements. L'assiette porte sur la totalité du contrat, prolongations comprises, et non sur la dernière période seule.
  3. Oublier les heures supplémentaires et les primes dans la base de calcul des 10 %.
  4. Refuser oralement un CDI sans avoir la proposition écrite. Sans écrit, vous ne pouvez pas prouver que l'offre n'était pas conforme.
  5. Accepter un taux de 6 % sans vérifier que les contreparties de formation prévues par l'accord ont réellement été mises en œuvre.
  6. Croire qu'un CDD de remplacement n'ouvre pas droit à la prime. C'est un CDD ordinaire : la prime est bien due.

Questions fréquentes

Comment se calcule exactement la prime de précarité ?

Elle est égale à 10 % de la rémunération brute totale versée pendant tout le contrat, renouvellements compris. L'assiette comprend le salaire de base, les heures supplémentaires et leurs majorations, les primes et les avantages en nature, mais exclut l'indemnité compensatrice de congés payés et les remboursements de frais.

La prime de précarité entre-t-elle dans le calcul des congés payés ?

Oui, et c'est le point le plus souvent négligé. L'indemnité compensatrice de congés payés se calcule sur la rémunération brute augmentée de la prime de précarité. Pour un CDD de 11 400 € brut, elle vaut 1 254 € et non 1 140 € — soit 114 € de plus.

Perd-on la prime de précarité si on refuse un CDI ?

Oui, si la proposition est écrite et porte sur le même emploi ou un emploi similaire, à rémunération, durée de travail, classification et lieu de travail équivalents. Depuis 2024, l'employeur doit en informer France Travail, et deux refus conformes en douze mois peuvent vous priver de vos allocations chômage.

La prime de précarité est-elle imposable ?

Oui. C'est un complément de salaire : elle supporte l'impôt sur le revenu et toutes les cotisations sociales, et figure dans le montant pré-rempli de votre déclaration.

Un CDD de remplacement ouvre-t-il droit à la prime de précarité ?

Oui, c'est un CDD ordinaire. La prime n'est en revanche pas due pour les contrats saisonniers, les contrats d'usage, les jobs d'été de jeunes scolarisés, l'apprentissage et les contrats de professionnalisation.

Que se passe-t-il si mon CDD est requalifié en CDI ?

Vous obtenez une indemnité de requalification d'au moins un mois de salaire. La prime de précarité déjà perçue vous reste acquise et ne s'en déduit pas. S'y ajoutent les indemnités liées à la rupture, requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse.


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